lundi 2 mai 2016

Homélie 6e Dimanche de Pâques

Homélie 6e Dimanche de Pâques
Carmel de Saint-Maur  - P. Maurice Boisson

Textes: Ac 15, 1-2.22-29; Ps 66; Ap 21, 10-14.22-23; Jn 14, 23-29

On est gâtés, en ce temps de Pâques ! Chaque dimanche nous offre un cadeau, un Présent, pas un gadget, mais un bien vital, essentiel à la vie personnelle et collective.
« Je vous donne un commandement nouveau : ‘Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés’ », c’était dimanche dernier : le don de notre signe distinctif. Ce matin c’est le don de la Paix qui nous est donné, dimanche prochain celui de l’unité, du vivre ensemble. Autant de facettes d’un même don qui nous sera fait à la Pentecôte : celui de l’Esprit Saint, le don de l’Amour, de la lumière, de l’énergie, de la santé de Dieu. Ces dons sont le testament de Jésus, et les signes de sa présence de ressuscité aujourd’hui. C’est sérieux, ça nous engage. Ces dons de l’Amour, de la Paix, de l’unité, de l’Esprit Saint, ne sont pas des idées, ni des considérations, même mystiques. Ils sont ce qu’est Dieu lui-même. C’est le Père Noël qui nous donne des choses, Jésus le Christ nous donne ce qu’il est, et ce qu’est Dieu.

« Je vous donne, je vous laisse ce que je suis, le cœur même de Dieu : Amour, Paix, unité, mon Esprit…  « C’est lui, le Christ, qui est notre paix », dit Paul. Un don, un cadeau, s’appelle aussi un Présent, c’est le même mot que Présence. Un Présent rend présent celui ou celle qui le donne. Les dons, les Présents que Jésus nous fait, sont sa Présence, réelle. Où sont Amour et charité, Dieu est présent. Ces présents atteignent tout notre être, et la vie ensemble, pour les transformer en Présence : « Si quelqu’un accueille ces dons, mon Père l’aimera. Chez lui nous ferons notre demeure. Chez lui nous habiterons », on vient de l’entendre. « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. » C’est le don de ce dimanche, de chaque heure, de toujours. C’est le grand bienfait de Dieu pour son peuple, commente toute la Bible. Qui ne souhaite pas la paix ? Qui n’a pas envie d’un certain bien-être intérieur en lui-même, et extérieur, dans la vie sociale, des pays et des groupes humains, des familles ? Pensons par exemple, aux habitants d’Alep, et de Syrie, dont a pu voir ces derniers jours les terribles images de guerre, de destruction, jusque d’hôpitaux et de cliniques… d’habitants, de grands quartiers de grandes villes de chez nous, saccagés par les violences ; les victimes de quelques terrorismes que ce soit, proches ou lointains, les gens obligés de quitter leur pays…

En passant par les familles déchirées, les blessés des injustices, des jalousies, des méchancetés. Et qui ne souhaite pas sentir en lui-même une certaine paisibilité, une paix du cœur. Les conflits intérieurs sont aussi difficiles. La Paix est au cœur de nos aspirations, de l’être humain, et de l’humanité ; et en même temps, pour la paix on est prêts à souffler sur la première braise de discorde, pour la moindre chose on peut déclencher des séismes dignes de la fin du monde !...  « Que votre cœur ne soit pas bouleversé, ni effrayé »… Je vous donne ma paix, dit Jésus, mais pas une paix à la manière du monde ; qui serait une recherche de tranquillité´, qu’on me fiche la paix, de repli sur soi ; de déni des conflits et des diversités. La « Paix du christ, la Paix de Dieu, est une énergie intérieure, une Présence intérieure d’un Présent, d’un don qui nous met sur un chemin  de ne plus nous laisser submerger ou envahir par la violence, mais de chercher, difficile, c’est vrai, le respect, le bien de tous, la justesse, l’ajustement de nos relations, avec Dieu, avec les autres, avec nous-mêmes. Ce don de la paix nous engage. C’est le premier et le dernier mot de la Messe. On le chante au « gloire à Dieu », c’est le premier mot du Notre Père, « notre » : si on a le même Père, on est normalement frères et sœurs, appelés à vivre en harmonie. Au moins cinq fois, avant de communier, on demande la paix, on l’accueille et on se la donne… c’est la démarche et l’attitude logiques, cohérentes, demandées par Jésus lui-même, pour communier, être en communion, en union avec Dieu… non seulement avec lui, mais avec le Corps du christ que nous recevons, le Corps du Christ qui sont nos frères et sœurs, pour être le Corps du christ.

Ce présent de la Paix est la présence réelle du Christ, le signe distinctif, comme d’aimer les autres, ce signe dit et réalise cette présence du Christ ressuscité et en témoigne. C’est vital et essentiel. Pour aujourd’hui. Le pape François, dans le document sur «la joie de l’amour », nous rappelle que le premier lieu de l’annonce de la bonne nouvelle de l’Évangile, ce ne sont pas les églises, si belles soient-elles, mais les gens, nous-mêmes, qui dans ce monde si violent avons besoin de paix intérieure et extérieure, fruit de miséricorde, de ce don du Christ ressuscité.

Au risque de me répéter, je resterai toujours marqué par ces paroles plusieurs fois entendues de Frère Roger de Taizé : « Tu veux la paix, et être un artisan de Paix, commence par te pacifier toi-même… cherche en tout la paix du cœur, la vie devient plus belle, tu pourras pacifier les autres. »

« Je vous laisse la paix, je vous donne la paix. »

Accueillons le Présent de ce dimanche, qui nous rend donnant à notre tour la Paix du Christ.

Allez dans la Paix du Christ. 

 

 

 

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